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Musique de chambre
Die Originalpublikation des folgenden Artikels in der Revue "TROU" VII (1990) enthält eine CD mit Einspielungen der Werke "Tantris", "stro(i)king", "Canticum II", "Mirlitonnades", "Osculetur me" und "de profundis". Die CD ist auch einzeln erhältlich: Jecklin-Disco JD 689-2

Il y a un certain temps déjà que le comité de rédaction de «TROU» m'avait contacté avec l'idée très séduisante de publier une partition que j'écrirais spécialement pour cette revue.

La possibilité d'une approche d'oeuvres d'art de tous les genres me semblait être particulièrement attrayante. Les différents domaines de l'expression artistique de notre temps sont malheureusement trop isolés les uns des autres. Il est tout à fait exceptionnel et plus que rare, que des rencontres actives, des confrontations stimulantes puissent avoir lieu.

Cependant, la musique se trouve dans une situation défavorable vis-à-vis des autres arts. En effet, si la publication d'un texte littéraire, de photographies ou d'une oeuvre graphique arrive à transmettre la «presque-entité» de l'ouvrage artistique, il en va autrement de la musique. L'oeuvre musicale n'existe réellement que lors de son exécution, lors d'un concert ou d'une audition d'un porteur de son, ceci uniquement par et grâce à la réalisation de la partition par les musiciens-interprètes. La partition musicale est le moyen de communication indispensable entre le compositeur et ses interprètes. Qu'elle soit bien écrite, «belle» à regarder, la partition musicale reste difficile à comprendre. La «lire» et vraiment l'entendre intérieurement est encore plus difficile. Rares sont les personnes qui savent lire la musique comme nous savons tous lire un poème, un roman ou un autre texte littéraire.

Lors des entretiens que j'ai pu avoir avec mon ami Roger Meìer, musicien et compositeur lui-même, nous avons rapidement constaté qu'à la publication de ma partition devait nécessairement s'ajouter un enregistrement, une réalisation sonore de cette composition.

Grâce au soutien de la Ville de Zurich, il est possible de joindre à ce numéro de «TROU», un disque compact qui comprend non seulement l'enregistrement de ma nouvelle composition «Osculetur me» pour soprano et cor de basset, mais également quelques autres oeuvres de musique de chambre que j'ai composées depuis 1976/77.

Jusqu'à ce jour, j'ai écrit près de 70 compositions. On y remarque une nette préférence pour la musique de chambre et pour les petites formations instrumentales et vocales. Le fait que les commandes et les possibilités d'exécution de partitions pour grand orchestre, pour choeur et orchestre, etc., n'ont été que peu nombreuses pour moi ne suffit pas à expliquer cette préférence. Surtout, j'ai de tout temps été fasciné par les différentes formations de musique de chambre. Ce domaine intime, concentré et dense me semblait être particulièrement approprié à une musique telle que je m'apprêtais à la concevoir. La musique de chambre exige du compositeur une écriture musicale particulièrement ramassée, différenciée et subtile, pleine de nuances, où la recherche de sonorités variées et raffinées (recherche qui me tient particulièrement à coeur) peut et doit être poussée à l'extrême, dans d'innombrables couleurs, mélanges et variantes, et surtout: rester toujours audible. Dans chaque nouvelle oeuvre, je m'efforce d'élargir le spectre des timbres instrumentaux dans toutes les nuances imaginables, d'abord par le choix et la combinaison des instruments, ensuite par des modes de jeu différenciés souvent moins habituels, par l'utilisation de la couleur de quarts de ton et de sons doubles, par l'inclusion de «son-bruit» (inacceptable dans la musique traditionnelle) dans différents mélanges allant du bruit pur au son pur, ce dernier étant habituellement considéré comme le seul son musical, le seul son «beau».

Une telle musique dépend, dans une très grande mesure, de l'engagement et de la haute qualité de ses interprètes. Il est indispensable qu'ils disposent d'une maîtrise totale de leurs instruments, qu'ils sachent en sortir tous les raffinements et toutes les nuances exigés, qu'ils soient attentifs et sensibles aux moindres détails de la notation musicale et, par conséquent, à l'imagination du compositeur. J'ai toujours eu le grand privilège que de tels musiciens se mettent au service de mes compositions. Le présent disque compact en est le meilleur exemple. Mes oeuvres y sont interprétées de telle manière que toutes mes intentions ont été réalisées de façon absolument parfaite. En signe de reconnaissance et d'amitié, presque toutes ces oeuvres ont été écrites pour ces interprètes et leur sont dédiées: Kathrin Graf (soprano), Anna-Katharina Graf (flûte), Elmar Schmid (clarinettes), Walter Grimmer (violoncelle) et Isao Nakamura (percussion).

Si ma musique est particulièrement délicate à interpréter, elle l'est tout autant à écouter. Les auditeurs doivent être ouverts à des sonorités souvent peu habituelles. Certains les trouveront peut-être même choquantes ou rébarbatives; ils doivent apporter une curiosité éveillée, être prêts à s'adonner à un voyage dans des pays musicaux inconnus, à suivre un chemin musical dont ils ne sauront pas d'avance où il les emmènera.

Il y a quelques années déjà que j'ai formulé mes désirs à l'égard de mes auditeurs:
«Mon public doit être prêt à effectuer lui-même une partie considérable du travail: écouter attentivement, être actif et concentré, réfléchir...»

Et Ivanka Stoianova, musicologue française, de continuer:
«Destinée à ce public, la musique de Lehmann, marquée par un raffinement sonore particulier, s'invente en collaboration avec les auditeurs. Dans ses recherches, Lehmann assigne à l'auditeur le rôle d'un «partenaire» de valeur, dont la présence active préserve l'activité du compositeur d'un épuisement narcissique stérile. Résultat de cette «collaboration» avec et pour le public, tout en étant contre la routine de la pratique traditionnelle, contre les habitudes figées des interprètes et contre l'académisme avant-gardiste, la musique de Lehmann écrit la pratique et l'esthétique vivantes d'une musique contemporaine à découvrir»

Hans Ulrich Lehmann, Revue «TROU» VII, Editions de la Prévôté, Moutier (1990)